En 1918, la Perse (Iran) est un État souverain nominalement neutre, gouverné par la dynastie qadjare sous le jeune Ahmad Shah, mais son territoire est occupé en partie par des troupes britanniques, ottomanes et des restes de forces russes, dans le contexte de la fin de la Première Guerre mondiale. Le pays traverse une crise humanitaire majeure : la grande famine de 1917–1919, aggravée par la pandémie de grippe espagnole, provoque une mortalité très élevée, dont l'ampleur exacte reste débattue.
🏛️ Politique
Le pouvoir central qadjar est faible et instable ; les cabinets se succèdent à Téhéran, et le Premier ministre Vosough od-Dowleh, favorable aux Britanniques, revient au pouvoir au cours de l'été. Après le retrait russe consécutif à la révolution bolchevique, la Grande-Bretagne étend son influence : la Dunsterforce traverse le nord-ouest de la Perse vers Bakou, et les South Persia Rifles contrôlent le sud. Dans le Gilan, le mouvement jangali de Mirza Kuchik Khan s'oppose aux forces étrangères. Le nord-ouest (Azerbaïdjan iranien) est le théâtre d'affrontements entre troupes ottomanes, forces britanniques, milices assyriennes et arméniennes, et groupes kurdes, notamment autour d'Ourmia.
⚖️ Économie et société
La population, majoritairement rurale et en partie nomade (tribus bakhtiaries, qashqaïes, kurdes, turkmènes), souffre de la famine causée par les mauvaises récoltes, les réquisitions des armées étrangères et la désorganisation du commerce. Le nombre de victimes de la famine et des épidémies est très incertain ; certaines estimations évoquent plusieurs centaines de milliers à plus de deux millions de morts. Le pétrole du Khouzistan, exploité par l'Anglo-Persian Oil Company, est une ressource stratégique pour la marine britannique.
🔬 Sciences
L'activité scientifique est limitée ; l'enseignement moderne reste concentré dans quelques établissements comme le Dar ol-Fonoun à Téhéran, et la médecine est débordée par les épidémies de grippe, de typhus et de choléra.
🎭 Culture
La vie intellectuelle est marquée par le nationalisme et le réformisme hérités de la révolution constitutionnelle ; la presse et la poésie engagée, avec des figures comme Mohammad-Taghi Bahar, dénoncent l'ingérence étrangère. La culture reste dominée par l'islam chiite duodécimain, la langue et la littérature persanes, avec une grande diversité de minorités (Arméniens, Assyriens, Juifs, zoroastriens).
Événements marquants
- En mars, le patriarche assyrien Mar Shimun XIX Benyamin est assassiné près de Salmas par le chef kurde Simko Shikak.
- En juin, à Manjil, les forces britanniques de Dunsterville affrontent les jangalis de Mirza Kuchik Khan, qui finissent par les laisser passer vers Enzeli.
- En août, Vosough od-Dowleh redevient Premier ministre.
- Durant l'été, les troupes ottomanes occupent Tabriz et Ourmia, provoquant l'exode massif des Assyriens et des Arméniens vers Hamadan.
Contexte de l'époque
- 1909–1925
Règne d'Ahmad Shah Qadjar, dernier souverain qadjar effectif, marqué par la faiblesse de l'État et la tutelle des puissances étrangères.
- 1914–1918
Malgré sa neutralité proclamée, la Perse devient un champ de bataille entre Russes, Britanniques et Ottomans, avec l'appui allemand aux mouvements anti-britanniques.
- 1915–1921
Le mouvement jangali de Mirza Kuchik Khan contrôle une grande partie du Gilan et aboutit à la république soviétique du Gilan en 1920–1921.
- 1919
L'accord anglo-persan, négocié par Vosough od-Dowleh, vise à placer la Perse sous protectorat britannique de fait, mais il n'est jamais ratifié.